Troubles musculo-squelettiques

Troubles musculo-squelettiques: qu’est ce que c’est ?

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) regroupent un ensemble de pathologies touchant la colonne vertébrale, les membres supérieurs et inférieurs. Ils sont engendrés par des mouvements répétitifs sans récupération.

Les TMS sont un réel problème de santé publique car ils représentent 70 % des maladies professionnelles déclarées et le nombre de cas déclarés augmente de 20 % par an. Mais le nombre exact de personnes souffrant de TMS est difficile à établir car souvent, les salariés (en CDD ou en intérim par exemple) ne déclarent pas leurs troubles par peur de perdre leur emploi.

Ces affections touchent des personnes de plus en plus jeunes, après un temps d’exposition de plus en plus court, dans un contexte de vieillissement de la population active globale.

Les différences entre hommes et femmes

Les femmes sont plus souvent atteintes que les hommes, en raison des secteurs d’activité où elles exercent. Les tendinites de l’épaule et du coude sont plus fréquentes chez l’homme alors que le syndrome du canal carpien prédomine chez la femme.

Les douleurs de l’épaule peuvent devenir permanentes

Les TMS sont caractérisées par des douleurs s’atténuant au repos. Mais, sans aménagement des conditions de travail, elles vont devenir permanentes, gênant le sommeil, pouvant engendrer un état de fatigue et une augmentation du stress.

L’évolution peut se faire vers un état dépressif mais aussi être marquée par une atteinte nerveuse non réversible comme dans le syndrome du canal carpien non traité.

L’évaluation de cette maladie doit se faire dans un contexte professionnel, psychique et personnel pour rechercher la répercussion sur la vie quotidienne et professionnelle. Ainsi, sa déclaration en maladie professionnelle, si elle est justifiée, pourra permettre d’intervenir sur les conditions de travail.

Troubles musculo-squelettiques : d’où cela vient-il ?

Les TMS sont la conséquence de contraintes modérées ou soutenues mais surtout répétitives sur des tissus sains ou non.

Les technologies modernes ont permis la mise au point d’outils de travail dont le but est d’augmenter la productivité des entreprises avec développement de travail répétitif et de densification du travail.

Les secteurs les plus touchés

Aujourd’hui, la plupart des travaux des ouvriers exposent aux TMS. Mais, indépendamment de la branche professionnelle, les emplois les plus touchés sont ceux qui présentent les caractéristiques communes suivantes :

  • rapidité d’exécution des gestes ;
  • précision des gestes imposant une tension musculaire au niveau des membres mais aussi de toute la colonne vertébrale et du cou (fixer l’objectif, éviter les faux mouvements…) ;
  • contrainte de temps.

D’autre part, l’intensification des cadences est souvent associée du côté du salarié à la crainte de perdre son emploi, ce qui explique le stade avancé de certaines pathologies.

Par exemple : le mauvais outillage (couteau qui coupe mal) serait à l’origine des TMS du boucher. L’ouvrier, pour compenser la perte d’efficacité, va accélérer le rythme et diminuer les périodes de récupération. Un mauvais affilage signifie 10 % d’efforts et plus de 20 % de temps d’exécution supplémentaires.

Troubles musculo-squelettiques : quels risques et facteurs aggravants ?

Les risques de développer un trouble musculo-squelettique (TMS) augmentent en fonction du poste de travail et de son environnement.

On peut particulièrement incriminer les facteurs suivants :

  • les positions contraignantes ;
  • les mouvements répétitifs sans période de récupération ;
  • le travail nécessitant une certaine force physique ;
  • les vibrations dans les mains et les bras ;
  • la pression mécanique sur les tissus ;
  • un environnement de travail froid.

Il existe aussi une susceptibilité individuelle :

  • sexe ;
  • âge ;
  • antécédents familiaux ou personnels, malformations…

Il faut toujours rechercher des facteurs dont l’origine est non professionnelle, qui sont souvent intriqués : jardinage, bricolage, activité sportive, ménage…

Facteurs aggravants

  • Les facteurs psychosociaux, comme le stress ou la pression intense exercés sur l’employé : rentabilité, productivité, risque de perdre son emploi…
  • Les troubles métaboliques : diabète, hypothyroïdie, hyperuricémie, hypercholestérolémie, surtout dans un contexte de mauvaise hydratation.
  • Les rhumatismes inflammatoires : polyarthrite rhumatoïde, spondylarthropathies.

Troubles musculo-squelettiques : les professions concernées

De très nombreux secteurs d’activité sont concernés par cette pathologie.

Toutes les professions soumises à des gestes répétitifs sont exposées :

  • les musiciens et sportifs (violonistes, tennisman…) ;
  • les travailleurs de l’agroalimentaire : 30 % des TMS dans la filière viande (abattage du bétail, découpe de la viande) ;
  • ceux de l’habillement, de l’automobile, des industries de montage de l’électroménager, du bâtiment, les caissières de grandes surfaces, le personnel soignant.

Devant le développement de l’informatique, les secrétaires et d’une façon générale tous ceux qui travaillent sur ordinateur sont aussi de plus en plus concernés (3 à 4 % des TMS).

Troubles musculo-squelettiques : comment les reconnaître ?

Les TMS regroupent un ensemble de pathologies touchant la colonne vertébrale (dorsalgies, lombalgies), les membres supérieurs et inférieurs (tendinites, compression nerveuse).

Ils surviennent au niveau de toutes les articulations : principalement l’épaule, le coude, le poignet et la main (muscles, tendons et nerfs) et sont engendrées par des gestes répétitifs :

  • les tendinites ou inflammation des tendons : un grand nombre de tendinites passent souvent inaperçues par leur évolution rapide ou spontanée ;
  • les hygromas ou inflammations des bourses séreuses, surtout au niveau du genou ;
  • les syndromes canalaires liés à la compression d’un nerf : le plus fréquent est le syndrome du canal carpien.

Les manifestations au niveau du rachis vertébral font partie des TMS, mais elles sont beaucoup plus difficiles à cerner en raison du type d’activité professionnelle concerné et de son association fréquente avec la pratique d’une activité extra-professionnelle.

Le médecin doit en général faire le diagnostic de TMS par l’interrogatoire et l’examen physique du patient. Il recherche l’association possible avec des causes non professionnelles.

Il pourra s’aider, éventuellement, d’examens complémentaires pour rechercher une pathologie associée ou confirmer le diagnostic de maladies professionnelles : radiographie standard, échographie, résonance magnétique (IRM), électromyogramme (EMG)…

Troubles musculo-squelettiques: TMS et épaule

La bursite sous-acromiale

C’est une douleur du moignon de l’épaule très invalidante. Elle apparaît rapidement et elle est liée à un surmenage professionnel. Elle diminue au repos et en position allongé mais perturbe le sommeil. L’élévation active du bras est limitée et douloureuse.

La pathologie de la coiffe des rotateurs

C’est la plus couramment rencontrée. Elle est surtout liée à la souffrance du tendon du muscle sous-épineux. Tous les gestes professionnels faisant intervenir les vibrations, le port d’objets trop lourds, les positions prolongées les bras levés à hauteur des épaules sont à prendre en considération mais aussi les activités extra professionnelles, comme le bricolage ou le jardinage les bras levés, la natation ou le tennis qui sollicitent l’épaule.

Signes cliniques :

  • Le premier stade ou syndrome de coincement : il se rencontre chez l’adulte de moins de 40 ans. La mobilisation est douloureuse en abduction (mouvement par lequel on écarte un membre du plan du corps) de 0 à 90°.; Les muscles atteints sont le sus et le sous-épineux. La manœuvre de Jobe est douloureuse mais la résistance est normale.
  • La tendinite dégénérative est très fréquente aux environs de 50 ans. La douleur est nocturne, lorsque l’épaule est en appui. Elle apparaît pour une abduction entre 140 et 180°.; Les différentes manœuvres sont douloureuses mais avec une résistance normale.
  • La rupture de la coiffe des rotateurs est spontanée ou provoquée par un traumatisme minime.
    Chez le sujet jeune, la rupture des tendons sous épineux est plus fréquente, alors que chez les sujets âgés, c’est la rupture du tendon du long biceps. Dans la rupture complète, le bras mis en abduction à 90° tombe quand ou ne le soutient plus. Dans la rupture partielle, le diagnostic est plus difficile à mettre en évidence.

Les ruptures de la coiffe des rotateurs sont confirmées par l’arthrographie (examen radiographique pratiqué après injection dans l’articulation d’un produit iodé. Il permet de voir l’intérieur de l’articulation).

Différentes manœuvres cliniques permettront de faire le diagnostic :

  • La manœuvre de Jobe permet d’explorer le tendon du sus-épineux : bras à 90° d’abduction, en rotation interne (pouce tourné vers le sol), ramené 30° en avant (dans le plan de l’omoplate).
    Le médecin exerce une résistance verticale à l’abduction qui « réveille » une douleur caractéristique.
  • Le  » palm up » test permet d’explorer la partie antérieure (long biceps et sous-scapulaire) : bras à 90° en antépulsion et en rotation externe (paume vers le haut).
    Il permet de mettre en évidence une tendinite ou une rupture du long biceps.
  • La manœuvre de Patte permet d’explorer la partie postérieure (petit rond et sous-épineux) : rotation externe contrariée du bras en abduction à 90°, coude à 90° de flexion.
    Une douleur est provoquée en cas de tendinite. Si la rotation est impossible, il existe une rupture du sous-épineux.

Troubles musculo-squelettiques: TMS et coude

L’épicondylite

C’est la tendinite la plus fréquente au niveau de coude. Elle est due à une très grande sollicitation des muscles. Elle représente 25 % des atteintes péri articulaires professionnelles. Elle est fréquente entre 30 et 50 ans sans prédominance de sexe. Sa gravité augmente avec l’âge et le nombre d’années d’exposition.

Tous les gestes professionnels faisant intervenir des mouvements répétés et rapides d’extension du poignet et des doigts, les manipulations répétitives, les prises de force peuvent être à l’origine de cette pathologie : tâches de vissage manuel, martèlement, taille de haies. Certains gestes sportifs (golf, jeux de raquettes, lancers…) sont aussi concernés.

Le diagnostic repose sur la recherche d’une douleur au niveau de l’épicondyle irradiant parfois vers le bord externe de l’avant-bras. Celle-ci est retrouvée dans les mouvements en extension (ou pronation-supination contrariés), le poing serré.

L’épitrochléite

Elle est surtout rencontrée dans le cadre d’une activité sportive.

Troubles musculo-squelettiques : TMS, poignet et main

Le poignet est composé de 24 tendons qui jouent un rôle dans la mobilité et la stabilité de l’ensemble du poignet-main. La sollicitation continue de la main dans la vie courante professionnelle et sportive explique la fréquence des tendinites à ce niveau.

Elles sont retrouvées dans les mouvements répétés de flexion extension du poignet, rapides à faible charge ou lents à forte charge.

On retrouve à l’examen une douleur à la pression le long du tendon concerné. Cette douleur est augmentée par l’étirement passif des muscles. Il peut exister un œdème ou une tuméfaction en regard du tendon, parfois une crépitation locale.

Un étirement ou une compression d’un nerf est possible au niveau du poignet, se traduisant d’abord par une atteinte sensitive (paresthésies) dans le territoire concerné puis motrice (paralysie et amyotrophie).

La ténosynovite sténosante de De Quervain

Il s’agit d’une inflammation de la gaine commune à deux tendons, le long abducteur du pouce et le court extenseur du pouce. La douleur se situe au niveau du bord externe du poignet et peut irradier à la face externe du pouce.

Le test de Finkelstein permet de faire le diagnostic : la main est en flexion adduction poing fermé avec le pouce replié sous les autres doigts fléchis.

Le syndrome de l’Aï crépitant de Tillaux

C’est une inflammation d’une bourse séreuse située entre le long abducteur du pouce et les tendons des muscles radiaux.

On retrouve une douleur située au niveau de la face externe et dorsale du poignet avec parfois une sensation de crépitement sous la peau.

La ténosynovite des fléchisseurs

C’est l’inflammation des gaines synoviales des tendons fléchisseurs des doigts. La douleur est située au niveau de la face antérieure du poignet avec parfois une tuméfaction associée.

Les ténosynovites des fléchisseurs sont le plus souvent associées à un syndrome du canal carpien par irritation du nerf médian.

Le syndrome du canal carpien

Le nerf médian est à la fois un nerf sensible (sensitif) et qui permet le mouvement (moteur).

Il passe au niveau du poignet dans un canal étroit. L’augmentation de pression au niveau de celui-ci est responsable des symptômes ressentis. Les vibrations peuvent jouer un rôle favorisant.

Les gestes professionnels en cause font intervenir :

  • Des mouvements répétés ou prolongés d’extension du poignet ou de préhension de la main ;
  • Un appui carpien ;
  • Une pression prolongée ou répétée sur le talon de la main.

Le patient ressent des fourmillements au niveau de la face palmaire des trois premiers doigts pendant la nuit ou au réveil.

Peuvent s’associer une impression de gonflement (œdème) des doigts, surtout le matin, une sensibilité au froid, une gêne pouvant se manifester par une mauvaise préhension.

L’évolution vers une atteinte motrice se manifeste par une fonte musculaire à la base du pouce (amyotrophie) associée à une paralysie. Un électromyogramme (étude des activités électriques musculaires et nerveuses) est nécessaire pour faire le diagnostic et permettre une reconnaissance en TMS.

Le syndrome de la loge de Guyon

Il s’agit d’une compression du nerf cubital au niveau du poignet, plus rarement au niveau du coude. L’atteinte est le plus souvent motrice et touche les muscles intrinsèques de la main. On peut retrouver une amyotrophie, une abduction difficile des doigts, une instabilité dans les gestes fins (écriture).

Les troubles sensitifs touchent les deux derniers doigts. Les gestes professionnels concernés utilisent les outils vibrants et les appuis prolongés ou chocs répétés dans la main (cordonniers, menuisiers, cyclistes…)

Troubles musculo-squelettiques: quel traitement ?

La première règle du traitement est la mise au repos des articulations concernées

Les mesures suivantes seront prises :

  • Mise au repos du membre concerné ;
  • Antalgiques et/ou anti-inflammatoires ;
  • Séances de physiothérapie ;
  • Infiltrations ;
  • Attelles ;
  • Chirurgie dans les cas rebelles ou dans les compressions canalaires sévères ;
  • Reprise du travail avec aménagement des postes de travail, en évitant les gestes hyper spécialisés et en favorisant les changements de poste par polyvalence des employés.

Troubles musculo-squelettiques: prévention

Les exemples donnés par certaines entreprises montrent que les aménagements effectués pour diminuer les TMS ne remettent pas en cause la productivité.

Pourtant, les troubles musculo-squelettiques sont en tête des arrêts de travail. Ils augmentent de 20 % par an et représentent 70 % des maladies professionnelles déclarées. Il est donc indispensable de reconnaître l’intérêt de la prévention.

Quelle prévention ?

Faire le diagnostic le plus précoce possible :

  1. par un suivi régulier des employés pour mettre en évidence les premiers signes de TMS ;
  2. par un suivi des accidents pour dépister la responsabilité des équipements ou de l’organisation du travail.

Faire un aménagement des postes de travail avec :

  1. la rotation des postes pour éviter les gestes répétitifs ;
  2. la variation des gestes, des postures, de la cadence ;
  3. l’ergonomie des postures, des outils ;
  4. en dernier recours, changer le poste de travail du salarié.