Colopathie fonctionnelle

Colopathie fonctionnelle: qu’est-ce que c’est ?

La colopathie fonctionnelle est aussi banale que difficile à définir. De façon imprécise on pourrait dire qu’il s’agit d’une association de différents troubles digestifs évoluant de façon chronique et ne correspondant à aucune maladie bien définie.

La colopathie fonctionnelle fait partie des troubles fonctionnels digestifs, qui représentent en pratique 50 % des motifs de consultation en gastro-entérologie. Aucun de ces troubles fonctionnels n’est grave mais ils ont une évolution volontiers chronique et représentent donc, par la consommation médicale qu’ils engendrent, un problème de santé publique.

On distingue trois types de troubles fonctionnels digestifs : la colopathie fonctionnelle, de loin la plus fréquente, la constipation chronique isolée et la dyspepsie chronique (nous reviendrons sur ces termes). Si l’on interroge des gens dans la rue, 20 % environ diront souffrir de troubles fonctionnels digestifs, seuls 20 à 30 % d’entre eux consultant pour cela.

La colopathie fonctionnelle

Le terme de « colopathie fonctionnelle » est aussi imprécis que la définition que nous en avons donnée. Mieux connue par le public sous l’appellation impropre de « colite », on peut dire d’abord qu’il s’agit d’une « colopathie », c’est-à-dire une affection du côlon et qu’elle est « fonctionnelle », c’est-à-dire qu’elle dénote un mauvais fonctionnement de cet organe.

Est-ce une maladie ? Non, si l’on considère que la maladie est une altération, organique (propre à un organe) ou fonctionnelle, considérée dans son évolution (« depuis sa cause initiale jusqu’à ses conséquences dernières ») et comme un groupement définissable de manifestations. Or s’il s’agit bien d’une altération fonctionnelle d’évolution chronique associant de façon variable des douleurs abdominales, des troubles du transit intestinal et/ou des ballonnements, elle n’a ni « cause initiale » ni « conséquence dernière », ni d’entité définissable. Nous dirons plus simplement qu’il s’agit d’une anomalie de fonctionnement du côlon.

Touchant tous les âges, surtout après la trentaine, aussi bien les hommes que les femmes, cette anomalie de fonctionnement va évoluer dans le temps de façon capricieuse et fluctuante mais jamais s’aggraver ni se compliquer même si les manifestations peuvent parfois être suffisamment importantes pour inquiéter le patient.

On a longtemps considéré ces manifestations comme d’origine psychique (on a parlé de « névrose colique ») mais l’on pense maintenant qu’il s’agit de troubles de la motricité et/ou de la sensibilité du côlon où le psychisme jouerait un rôle favorisant et déclenchant au même titre que d’autres facteurs (alimentaires, médicamenteux, infectieux, hormonaux…).

Colopathie fonctionnelle: comment la reconnaître ?

Le médecin doit en général faire le diagnostic de colopathie fonctionnelle par l’interrogatoire et l’examen physique du patient, en limitant au maximum les examens dits complémentaires (examens de sang, radios, endoscopies…). Il a été déterminé que le diagnostic ainsi posé par un médecin n’est remis en cause au cours de l’évolution d’un patient que dans 5 % des cas.

L’interrogatoire permet au médecin d’estimer l’ancienneté des troubles (et plus ils sont anciens et inchangés et plus ils rassurent le praticien), leur évolution dans le temps. Il met en évidence les principaux signes qui évoquent la colopathie fonctionnelle.

La douleur du ventre

De siège variable, cette douleur peut irradier dans le dos ou à la racine des cuisses, évoluant de façon anarchique dans la journée et d’un jour à l’autre, ne réveillant pas en général le patient si elle ne l’a pas empêché de s’endormir. Elle peut aller de la simple gêne ou sensation de pesanteur jusqu’à des exacerbations violentes pouvant faire craindre parfois une affection chirurgicale. Elle peut être soulagée par des émissions de selles ou de gaz.

Les troubles du transit

Ils peuvent être isolés mais accompagnent en général la douleur. Ce peut être une constipation, ou de la diarrhée ou une alternance de diarrhée et de constipation avec parfois une « fausse diarrhée de constipation » que l’on reconnaît par la présence de matières dures au sein d’un liquide sale. Point important : la présence de sang dans les selles ne peut pas être un signe de colopathie fonctionnelle et doit faire rechercher une autre affection (hémorroïdes, polypes, cancer…).

Les ballonnements

Ils peuvent être uniquement subjectifs avec ventre plat et sensation d’être « plein d’air » mais aussi objectifs avec un gonflement évident du ventre (météorisme). Ils peuvent être ou non soulagés par des émissions de gaz ou de selles.

Tous les autres signes

Souvent évoqués par les patients (maux de tête, migraines, fatigue, anxiété, mauvaise haleine, inconfort digestif global, palpitations, nausées, troubles urinaires…), ce sont des signes secondaires pour le médecin même s’ils sont parfois la plainte principale du patient.

Tout cela associé à l’absence d’amaigrissement, de fièvre ou de modification récente des signes, suffit à poser le diagnostic de colopathie fonctionnelle surtout si l’on s’est assuré chez les sujets de plus de 40 ans de l’absence de cancer du côlon qui est le principal diagnostic à éliminer par une coloscopie, plutôt que par une radio barytée.

Le cancer colo-rectal sera principalement recherché chez le sujet de plus de 40-45 ans, n’ayant pas eu d’exploration depuis plus de 5 ans, surtout s’il existe un ou des antécédents familiaux de polypes ou de cancer colique ou du sang dans les selles visible ou détectable par le test hémoccult.

Colopathie fonctionnelle: d’où cela vient-il ?

Définie comme une anomalie de fonctionnement du côlon, la colopathie fonctionnelle ne correspond pas à une maladie proprement dite et n’a donc ni cause précise ni évolution vers une aggravation ou un terme prévisible.

Les médecins connaissaient, et savaient reconnaître, depuis toujours le caractère « fonctionnel » de certains troubles digestifs (un cours de médecine, de 1673, traite « De la colique, ou douleur de ventre venteuse »). Ces troubles ont longtemps été rattachés à une origine psychique et l’on a parlé de « névrose colique », de « côlon malheureux », de « diarrhée émotionnelle ». Des explorations récentes de la motricité et de la sensibilité du tube digestif ont permis de mettre en évidence des anomalies objectives de fonctionnement apportant un début d’explication rationnelle.

La paroi du tube digestif comprend principalement trois couches circulaires qui sont, de l’intérieur vers l’extérieur : la couche muqueuse constituant la « tapisserie », la couche musculaire qui assure la rigidité et le fonctionnement, enfin la couche séreuse qui est « l’enveloppe » de ce tube digestif. C’est au niveau de la couche musculaire que se fait le bon ou le mauvais fonctionnement du tube digestif.

En stimulant électriquement ou par des ballonnets gonflés différents niveaux du tube digestif on peut mettre en évidence des anomalies de fonctionnement qui s’associent de façon ni constante ni spécifique avec différents troubles digestifs.

Dans la colopathie fonctionnelle, ces études montrent :

  • une augmentation de la sensibilité du côlon à la présence de gaz et à l’ingestion d’aliments dans les cas de ballonnements douloureux ;
  • une augmentation de l’activité motrice de certains segments du côlon en cas de constipation douloureuse ;
  • une augmentation de l’activité propulsive en cas de diarrhée indolore.

Dans la constipation chronique isolée, l’activité motrice et propulsive du côlon est ralentie. Dans la dyspepsie chronique, la sensibilité de l’estomac à l’air et aux aliments est augmentée et l’activité motrice propulsive est diminuée.

Quel est le rôle des facteurs psychiques ?

Ce rôle est constamment invoqué dans la colopathie fonctionnelle. Longtemps considérées comme d’origine psychique (« maladie imaginaire », « c’est nerveux ! »), les manifestations de la colopathie fonctionnelle ont maintenant trouvé un début d’explication « physique » d’après les résultats des études que nous avons citées.

Il reste que l’on trouve presque constamment associés des éléments psychiques, soit extérieurs au patient (événements « stressants » de la vie de tous les jours dans l’environnement familial ou professionnel), soit tenant à sa personnalité (anxieuse ou obsessionnelle). Il est bien évident qu’un patient dont l’attention est accaparée par des douleurs ou d’autres manifestations provenant de son ventre aura tendance à ressentir ces douleurs encore plus intensément s’il est anxieux ou tendu, quelles que soient les causes de cette anxiété.

Des études par questionnaires, réalisées aux USA, au Canada et en France, ont aussi montré une grande fréquence d’abus sexuels dans l’enfance chez des patients souffrant de troubles fonctionnels digestifs. Le terme d’abus sexuel est pris au sens large allant de la simple agression verbale jusqu’au viol avec pénétration en passant par l’exhibitionnisme et les attouchements. Outre les modifications de la personnalité que peuvent engendrer ces traumatismes rentrés, on peut aussi évoquer là une demande de soin plus importante chez ces sujets.

En somme, dans la colopathie fonctionnelle (comme dans les autres troubles fonctionnels digestifs), on peut dire qu’il y a :

  • un terrain prédisposant qui est une sorte d’hypersensibilité du côlon potentiellement à l’origine de manifestations digestives ;
  • favorisées peut-être par une personnalité particulière (anxieuse ou obsessionnelle) ;
  • et déclenchées par des facteurs d’agression qui peuvent être psychologiques (« stress » aigus ou chroniques dus aux événements), alimentaires (« abus » d’aliments riches en fibres ou qui fermentent), médicamenteux (antibiotiques, anti-inflammatoires surtout), infectieux (période suivant une gastro-entérite, une turista…), et hormonaux (on voit parfois des crises de colopathie fonctionnelle « rythmées » par les règles).
  • Nous ne ferons qu’évoquer ici :
  • Les déficits en lactase. La lactase est une enzyme nécessaire à l’absorption par l’intestin grêle des produits laitiers. Elle est très abondante chez le nourrisson puis diminue avec l’âge et surtout chez les sujets et dans les populations qui usuellement consomment peu de lait. Son absence peut être à l’origine de troubles ressemblant à la colopathie fonctionnelle avec diarrhée.
  • L’allergie alimentaire qui semble exceptionnelle.
  • Dossier : Colopathie fonctionnelle
  • Facteurs de risques et facteurs aggravants

La colopathie fonctionnelle se manifeste de façon répétitive chroniquement sur un terrain favorisant (hypersensibilité du côlon et personnalité anxieuse) sous l’influence de facteurs déclenchants.

Les sujets présentant une colopathie fonctionnelle auraient une personnalité plus anxieuse ou plus obsessionnelle que la moyenne de la population. D’une part, on peut penser que les médecins ne voient que ceux-là puisque c’est cette personnalité même qui pousserait les patients à consulter davantage. D’autre part, les manifestations chroniques et répétitives de la colopathie fonctionnelle peuvent constituer un facteur générant ou aggravant l’anxiété. Ces sujets ne sont en tout cas ni des malades psychiatriques ni des malades imaginaires. Ce sont des personnes qui souffrent, qui se plaignent et sont inquiets et qu’il convient de rassurer. On constate souvent en pratique une aggravation des manifestations en période de stress et une amélioration lors des périodes de repos.

Facteurs déclenchants ou d’agression

Un certain nombre de facteurs déclenchants ou d’agression peuvent être notés à l’origine de poussées.

Les événements stressants de la vie de tous les jours, qu’ils soient aigus ou chroniques.

L’alimentation : ce peut n’être que le seul fait de s’alimenter et ce sont des sujets qui se plaignent de « ne plus pouvoir rien manger ». Cela vient du fait que la simple absorption d’un liquide ou d’un aliment déclenche, à l’état normal, un réflexe entre l’estomac et le côlon ce dernier étant animé de mouvements propulsifs. Normalement donc soit cela passe inaperçu, soit par exemple on perçoit le besoin d’aller à la selle après un repas ou le matin à jeun après absorption d’un verre d’eau ou d’un café. Chez le sujet souffrant de colopathie fonctionnelle, ce réflexe qui fait « bouger » un côlon hypersensible, « irritable », peut déclencher des douleurs ou des ballonnements douloureux. Ce peut être aussi la qualité des aliments qui entre en compte : les patients se plaignent en effet souvent de « ne pas supporter » les crudités surtout, ou les fruits, certains légumes, en particuliers les légumes secs à l’origine de fermentations et de ballonnements.

Les médicaments les plus régulièrement incriminés sont les antibiotiques et les anti-inflammatoires dont les effets secondaires négatifs sur l’intestin sont connus pour tous les sujets et forcément davantage encore chez ceux qui ont un intestin « hypersensible ».

Les agents infectieux, bactéries ou virus digestifs, peuvent induire indirectement et secondairement des troubles de colopathie fonctionnelle et l’on verra souvent des sujets en souffrant avoir du mal « à se remettre » plusieurs mois après un épisode de gastro-entérite aiguë saisonnière ou un séjour en zone de turista. On parlait beaucoup, « du temps des colonies », de la colopathie post-amibienne ; il semble que cela ne corresponde à rien de précis et qu’il s’agisse en réalité de troubles de colopathie fonctionnelle habituelle.

Les hormones, comme semblent en attester chez certaines femmes les poussées de colopathie fonctionnelle qui ne surviennent qu’au moment des règles, comme rythmées par elles.

Colopathie fonctionnelle: quelle hygiène de vie ?

La colopathie fonctionnelle nécessite pour se manifester sur un terrain favorable (hypersensibilité du côlon et personnalité anxieuse) un certain nombre de facteurs déclenchants. De là découlent les principes de l’hygiène de vie.

Si l’on reprend point par point les éléments exposés dans les « facteurs aggravants », on aura les bases évidentes de l’hygiène de vie dans la colopathie fonctionnelle.

Facteurs psychiques

Comme on constate souvent une aggravation des manifestations en période de stress et une amélioration lors des périodes de repos, il est naturel de penser que le stress dans son sens le plus large peut être en cause et que le patient doit donc organiser sa vie pour éviter ce genre de situation ou réorganiser sa personnalité pour la rendre moins sensible aux événements stressants. Le rôle du soignant est d’écouter attentivement ce patient, l’informer de la nature bénigne et chronique de ses troubles, ce qui améliore la perception qu’il en a et lui permet de les admettre et de s’y adapter. Une psychothérapie (entretiens, relaxation, hypnose) peut significativement améliorer les sujets réfractaires aux traitements médicamenteux.

Facteurs alimentaires

Les patients restreignent souvent spontanément leur alimentation en supprimant les crudités ou les aliments riches en substances susceptibles de donner des fermentations (choux, haricots blancs, légumes secs). Ces régimes d’exclusion ne permettent pas toujours de réduire les douleurs ou la quantité de gaz et ne peuvent être prolongés sans risque de déséquilibre nutritionnel. Le rôle des aliments dans la colopathie fonctionnelle est encore très discuté et plutôt que de proposer des listes d’aliments conseillés, déconseillés ou interdits, il vaut mieux s’en remettre au bon sens qui veut que chaque patient sache lui-même reconnaître l’aliment qui ne convient pas au bon fonctionnement de son côlon. Le conseil que l’on donnera est de manger raisonnablement de tout (aucun aliment n’est en principe « mauvais » pour l’intestin) sauf en cas de poussée aiguë, auquel cas le patient pourra diminuer ou exclure temporairement le ou les aliments qu’il juge responsables du déclenchement ou de l’entretien de son trouble.

Facteurs microbiens

On les évitera au mieux par une bonne hygiène alimentaire et de vie en général.

Facteurs médicamenteux

Si les antibiotiques sont nécessaires au traitement d’une pathologie infectieuse, il ne faut pas les refuser sous prétexte d’une colopathie fonctionnelle. Il suffira de prévenir le médecin prescripteur de la possibilité d’une mauvaise tolérance digestive. De même en ce qui concerne les anti-inflammatoires si ce n’est que l’on peut plus facilement les éviter et qu’il faut savoir qu’un certain nombre de médicaments contre les douleurs, y compris ceux en vente libre sans ordonnance, sont à base d’anti-inflammatoires.

Colopathie fonctionnelle: quel traitement ?

La prise en charge d’un patient se plaignant de colopathie fonctionnelle doit tenir compte de la bénignité de ce trouble mais aussi de son caractère chronique dans un contexte « stressant et stressé ».

La colopathie fonctionnelle est bénigne, jamais personne n’en est mort, et il ne faut donc pas que son traitement ait des conséquences pires que le mal. Le traitement est dit « symptomatique » c’est-à-dire qu’il s’adresse à chacun des « symptômes », des manifestations, de cette affection. Il doit prendre en charge aussi le terrain, c’est-à-dire la sensibilité anormale de l’intestin, et le contexte psychologique.

Le dictionnaire Vidal des médicaments recense plusieurs centaines de spécialités concernant la colopathie fonctionnelle, ce qui montre bien qu’aucun n’est complètement ni durablement efficace et que le traitement n’est pas univoque.

Le traitement des symptômes

La douleur. Elle est due à des spasmes et à une hypersensibilité du côlon. De très nombreuses spécialités sont utilisées avec succès en urgence ou au long cours, principalement le phloroglucinol, la trimébutine, la mébévérine ou le bromure de pinavérium. Ces produits souvent efficaces ont l’avantage de pouvoir être pris sans risque ni effet secondaire même pour des périodes très prolongées (des mois ou des années). Chez la femme enceinte, on recommande de ne pas les prescrire dans les trois premiers mois de la grossesse mais uniquement par prudence, aucun effet sur l’embryon n’étant prouvé pour l’instant.

La constipation. Elle peut bénéficier de traitements efficaces qui doivent être non irritants pour le côlon. Il faut donc éviter les laxatifs « stimulants » (séné, bourdaine, tamarine, cascara, aloès…) ; on se méfiera ainsi de certaines tisanes ou préparations d’herboristes. On leur préférera : les laxatifs « de lest » (son, fibres, mucilages) ou « osmotiques » (lactulose, PEG) ou « émolliants » (paraffine).

La diarrhée. Elle peut réagir aux ralentisseurs du transit (lopéramide) ou aux mucilages. Quelquefois les argiles peuvent être utiles (smectite, montmorillonite…). Les antiseptiques intestinaux ont parfois une action passagère même si elle n’est pas comprise et logique. Ils ne doivent en tout cas pas être utilisés de façon prolongée.

Les ballonnements. Ils sont souvent davantage en rapport avec une sensation désagréable ou douloureuse « d’avoir trop de gaz » qu’en rapport avec une augmentation véritable du volume de ces gaz. Dans le premier cas, les traitements de la sensibilité du côlon (les mêmes que pour la douleur) seront efficaces ; dans le deuxième cas, ce seront les charbons, les argiles, le polysilane…

Le contexte psychologique implique une prise en charge globale du patient avec une écoute attentive, des explications rassurantes impliquant des informations claires sur la nature des troubles et leur caractère bénin.

  • La prescription de substances psychotropes devra être limitée aux cas qui la nécessitent (dépression véritable) mais le problème dans ces cas-là n’est plus la colopathie fonctionnelle.
  • Des anxiolytiques « légers » peuvent parfois aider à « passer un cap » et ils devront être arrêtés aussi vite que possible.
  • Des psychothérapies type entretien ou comportementales (relaxation, hypnose) peuvent être utiles.
  • Les cures thermales sont classées ici car elles semblent avoir un effet plus « relaxant » que véritablement curatif et leur effet bénéfique n’est souvent que passager.

Colopathie fonctionnelle: colopathie et troubles fonctionnels digestifs

La colopathie fonctionnelle, ensemble de troubles bénins et chroniques impliquant le côlon, s’intègre dans un cadre plus large de manifestations que l’on appelle les troubles fonctionnels digestifs.

On distingue trois types de ces troubles fonctionnels digestifs : la colopathie fonctionnelle, aussi nommée côlon irritable ou plus couramment et improprement « colite », la constipation indolore isolée, la dyspepsie chronique, souvent appelée « aérophagie », terme impropre.

La colopathie fonctionnelle s’exprime surtout par des douleurs abdominales, des troubles du transit intestinal (constipation, diarrhée ou alternance des deux) et des ballonnements. Le terme de « colite » souvent utilisé par le public n’est pas approprié car il signifierait qu’il y a une inflammation du côlon, ce qui n’est jamais le cas en l’occurrence.

La colopathie fonctionnelle

Dans la colopathie fonctionnelle, le côlon n’est pas enflammé, il n’est pas irrité, il est irritable, d’où l’utilisation d’une autre dénomination : « côlon irritable ». On dit aussi « intestin irritable », car il est probable que le côlon n’est pas toujours seul impliqué et que l’intestin grêle participe aux troubles. Cette colopathie est due à une trop grande sensibilité de la paroi du côlon (douleurs et ballonnements) et/ou à un mauvais fonctionnement du muscle de cette paroi à l’origine de mouvements propulsifs accélérés (diarrhée), ralentis (constipation) ou anarchiques (spasmes douloureux, constipation).

La constipation indolore isolée

Elle correspond à ce que l’on appelle couramment « la » constipation, c’est-à-dire une diminution de la quantité et/ou de la fréquence des selles ou une difficulté à leur évacuation. Cette constipation est chronique et n’a pas de cause décelable comme un obstacle au transit (cancer, diverticulite) ou un ralentissement de ce transit (hypothyroïdie, médicaments psychotropes). Elle peut s’accompagner de ballonnements ou de fausses diarrhées, c’est-à-dire des selles dures noyées dans un liquide sale, conséquence d’une irritation colique passagère par les selles dures. Elle correspondrait à une diminution de la motricité du côlon (la fonction de propulsion du muscle de la paroi du côlon étant altérée, la progression des matières est ralentie). Parfois, c’est la fonction d’évacuation au niveau de l’anus et du rectum qui est perturbée.

La dyspepsie chronique

Elle est souvent improprement appelée « aérophagie ». Elle se traduit par une sensation de pesanteur ou parfois de douleur à l’estomac après les repas, avec sensation de « digérer lentement ». Le creux de l’estomac peut être gonflé comme par de l’air. Des nausées ou une impression d’être « vite plein » peuvent aussi être ressenties. Ce trouble correspond la plupart du temps à un ralentissement de la vidange de l’estomac (trouble de la motricité) et/ou à une intolérance à l’air ou aux aliments (trouble de la sensibilité).

Les points communs entre ces trois troubles, c’est qu’ils sont fonctionnels, c’est-à-dire qu’ils correspondent à un mauvais fonctionnement du tube digestif sans rapport avec une maladie précise, qu’ils sont chroniques et constamment bénins, qu’ils sont d’une extrême fréquence dans la population occidentale et que s’il faut rassurer le patient porteur de ce type de troubles, c’est toujours après s’être assuré qu’ils ne sont pas en relation avec une maladie plus grave, sans toutefois avoir à répéter les examens en l’absence de modification des troubles. Enfin, si ces patients ont souvent une personnalité anxieuse et que leurs troubles se réveillent souvent lors d’agressions psychologiques, ils ne sont pas des « malades imaginaires ».

Colopathie fonctionnelle: colopathie fonctionnelle et cancer du côlon

La colopathie fonctionnelle, constamment bénigne, s’exprime par des signes (douleurs de ventre, constipation, diarrhée…) qui peuvent être aussi ceux du cancer du côlon qui est donc le principal diagnostic à éliminer.

La colopathie fonctionnelle est très fréquente puisque c’est le principal motif de consultation en gastro-entérologie. C’est une affection constamment bénigne et il convient donc que le patient qui en souffre soit rassuré. Or, le cancer du côlon, maladie grave, deuxième cause de mortalité par cancer en France (on estime à trente mille le nombre de nouveaux cas annuels et à quinze mille le nombre de décès en découlant), ce cancer, surtout au début, peut n’avoir aucune manifestation qui le révèle ou bien des manifestations digestives banales, ressemblant à celles de la colopathie fonctionnelle.

En présence de plaintes d’un patient évoquant une colopathie fonctionnelle, le médecin doit avant tout penser à éliminer le diagnostic de cancer du côlon. Il va s’aider pour cela d’un certain nombre d’arguments.

L’âge

La colopathie fonctionnelle peut se voir à tout âge et débute surtout vers 30 ans et exceptionnellement après 70 ans. Le risque de cancer du côlon apparaît surtout après 40-45 ans pour croître ensuite avec un maximum de fréquence entre 50 et 70 ans. Avant 35 ans le cancer est rare mais possible.

L’ancienneté de l’évolution des troubles

La colopathie fonctionnelle est chronique et les troubles ne se modifient pas dans le sens d’une aggravation avec le temps. Le cancer du côlon met en général plus de cinq ans après son apparition pour devenir « parlant » mais quand ses premiers signes sont apparus ils vont rapidement augmenter en intensité.

Les manifestations

Si les douleurs de ventre, la constipation, la diarrhée, les ballonnements sont les signes d’une colopathie fonctionnelle, ce sont aussi souvent ceux du cancer du côlon. Un signe, s’il existe, doit en revanche alerter : les saignements par l’anus, au moment ou en dehors des selles. La colopathie fonctionnelle n’est pas une cause de saignement, le cancer de l’anus ou du rectum ou du côlon, oui.

L’état général du patient

La colopathie fonctionnelle, affection bénigne, ne fait pas maigrir, ne donne pas d’anémie, ne coupe pas l’appétit de façon prolongée, tous signe que le cancer, évidemment, peut générer dans son évolution.

En résumé, devant des signes digestifs évoquant une colopathie fonctionnelle, on fera pratiquer une coloscopie à la recherche d’un cancer si le patient a plus de 40-45 ans, et surtout si :

  • les signes sont apparus récemment ou se sont récemment modifiés ;
  • il n’a pas subi de coloscopie depuis plus de 5 ans ;
  • il a des antécédents dans sa famille de cancer ou de polypes du côlon ;
  • il a d’autres signes alarmants : amaigrissement, saignements par l’anus, anémie…