Cancer broncho-pulmonaire professionnel

Cancer broncho-pulmonaire professionnel : qu’est-ce que c’est ?

C’est un cancer touchant primitivement les bronches et les poumons dont le risque de survenue augmente du fait de l’activité professionnelle passée ou actuelle du sujet.

Les cancers broncho-pulmonaires professionnels sont des tumeurs malignes primitives, par opposition aux cancers pulmonaires secondaires dont le point de départ se situe dans un autre organe. Ils représentent une affection multifactorielle pour laquelle il reste très difficile de distinguer l’origine professionnelle des autres facteurs, en particulier du tabac qui en est la plus fréquente et la plus établie des causes.

Il n’existe pas à l’heure actuelle de « signature » professionnelle d’un cancer bronchique et il est nécessaire de recourir à un faisceau d’arguments expérimentaux et épidémiologiques pour estimer que l’activité professionnelle a pu jouer un rôle dans la survenue du cancer, en augmentant sa probabilité de survenue.

Est-ce fréquent ?

Le cancer broncho-pulmonaire est le cancer le plus fréquent au monde : il représente 10 % de l’ensemble des cancers.

Le rôle prédominant du tabac et l’absence de caractère spécifique rendent difficile l’évaluation du facteur professionnel mais on estime que c’est le plus fréquent des cancers professionnels : environ 2 500 cas par an en France, soit 8 à 10 % de l’ensemble des cancers broncho-pulmonaires.

Cancer broncho-pulmonaire professionnel : d’où cela vient-il ?

L’amiante, la silice, certains métaux, certains produits chimiques, les fibres céramiques et les laines isolantes sont, à des degrés divers, impliqués dans l’apparition de cancers broncho-pulmonaires professionnels.

L’amiante est certainement la principale cause des cancers broncho-pulmonaires professionnels, du moins dans les pays industrialisés où l’on estime que de 15 à 30 % des travailleurs masculins ont pu être exposés à l’amiante. Sur l’ensemble des cancers broncho-pulmonaires, 5 à 7 % seraient attribuables à l’amiante, quelle que soit la variété de celle-ci.

Plus les fibres d’amiante sont longues et fines, plus elles peuvent induire des cancers broncho-pulmonaires, ce qui explique que le risque de cancer serait plus grand pour le textile-amiante que pour les mines d’amiante dans lesquelles, bien qu’en très grand nombre, les fibres sont moins fines et agglomérées entre elles, donc moins dangereuses.

Les autres activités les plus exposées concernent l’isolation et la fabrication de produits manufacturés comme l’amiante-ciment. L’Institut national de recherche en sécurité (Inrs) a établi une liste assez complète de tous les produits ayant contenu de l’amiante ainsi que toutes les activités et opérations professionnelles les ayant utilisés (http://www.inrs.fr).

Le risque de cancer broncho-pulmonaire est très lié à la dose cumulée de fibres d’amiante inhalées durant l’activité professionnelle.

Le rôle du tabac est également très important dans la mesure où le tabagisme multiplie le risque de cancer broncho-pulmonaire lorsqu’il y a parallèlement exposition à l’amiante.

La silice peut-elle être à l’origine de cancers broncho-pulmonaires ?

Oui, mais ce pouvoir cancérogène de la silice cristalline n’a été démontré qu’assez récemment à partir des arguments suivants :

  • le risque de survenue d’un cancer broncho-pulmonaire est beaucoup plus important chez les travailleurs atteints de silicose ;
  • des cancers ont été reproduits expérimentalement chez l’animal par inhalation de silice cristalline.

La forme minérale responsable est bien, comme pour la silicose, la silice cristalline et non la silice amorphe. La silice cristalline existe essentiellement dans les poussières de quartz qu’on retrouve dans les professions des mines, des carrières, les industries de la pierre, les fonderies, l’industrie du verre, de la poterie, de la céramique, dans le bâtiment (sablage, pierre à diatomées, maçons fumistes…) et chez les prothésistes dentaires.

Y a-t-il des métaux qui peuvent être responsables de cancers broncho-pulmonaires ?

Des études épidémiologiques ont montré un excès de risque de survenue de cancers broncho-pulmonaires pour l’arsenic (mines de cuivre et mines d’or, pesticides), le béryllium, le cadmium (alliages, piles électriques nickel-cadmium), le chrome hexavalent (pigments à base de chromates, chromage électrolytique), le nickel (traitement des mattes de nickel).

Des produits chimiques peuvent-ils être à l’origine de cancers broncho-pulmonaires ?

Ce sont essentiellement les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et les fumées de diesel.

Les sources d’HAP, dont le célèbre benzo(a)pyrène, sont nombreuses en dehors même du milieu professionnel : cancérigène principal de la fumée de tabac, présence dans les fumées de barbecue. En milieu professionnel : cokeries, usines à gaz, fonderies, suie des cheminées, bitume et asphalte.

Les HAP sont très adsorbés par les particules des fumées d’échappement des moteurs diesels, ce qui implique une exposition particulière des chauffeurs de poids lourds et des cheminots.

On peut citer enfin le bischlorométhyléther (industrie chimique), les acides forts, certaines dioxines.

Une place à part concerne le radon, gaz radioactif qui peut être inhalé dans certaines mines, d’uranium ou d’autres métaux.

Le rôle d’autres produits et d’autres métiers exposés est parfois évoqué mais la confirmation d’un excès de risque, qui ne pourrait être que minime, nécessite la poursuite des études expérimentales et épidémiologiques.

Les fibres céramiques et les laines isolantes peuvent-elles être cancérogènes ?

Ce qu’on appelle les fibres minérales artificielles (FMA) s’est considérablement développé ces dernières années, parallèlement à l’interdiction progressive des fibres d’amiante. Se pose néanmoins la question, liée à la nature fibreuse de ces nouveaux produits, de leur cancérogénicité éventuelle. De très nombreuses études, fondamentales, expérimentales chez l’animal, épidémiologiques chez l’homme ont été menées pour tenter de répondre à cette question.

Ces fibres minérales artificielles qui ont une structure vitreuse ou cristalline incluent notamment les laines de verre, de roche ou de laitier, les filaments continus et les microfibres de verre et enfin les fibres céramiques réfractaires.

Toutes pénètrent dans l’organisme par inhalation et de longues fibres de plusieurs dizaines de micromètres de longueur peuvent si elles sont suffisamment fines (de l’ordre du micromètre) pénétrer au niveau du poumon profond.

Les mécanismes de toxicité sont extrêmement complexes mais très liés aux formes et aux dimensions des fibres, à leur surface et à leur solubilité qui conditionne leur capacité à demeurer de longues années dans l’organisme, ce qu’on appelle la biopersistance.

Le problème est encore rendu plus complexe du fait de l’utilisation simultanée, dans certaines professions, des FMA et de l’amiante jusqu’à son interdiction, et de la présence entre les fibres de produits liants parfois eux-mêmes toxiques.

Il existe un discret excès de risque de cancer broncho-pulmonaire chez les ouvriers de production de laine de roche et de laitier (scories des fours) et peut-être de laine de verre. Il n’y a pas d’arguments en faveur de l’action cancérigène des utilisateurs de produits finis.

En ce qui concerne les fibres céramiques, il n’existe pas d’arguments épidémiologiques mais le pouvoir cancérogène expérimental par inhalation chez l’animal doit inciter à la vigilance, d’autant que l’utilisation industrielle de ces fibres est relativement récente.